Novembre 2019

Crise en Haïti

Haïti est en révolution depuis plusieurs mois, après le scandale Petro-Caraïbes, qui a permis aux derniers présidents, « Tête Kalé » (Martelly) et Jovenel Moïse, actuellement à la tête de l’état, de détourner la rondelette somme de 3 milliards $ US dans différents projets bidons.

« Privé d’accès à l’eau potable, à l’éducation (écoles fermées), de nourriture, ou à des soins de santé décents, le peuple haïtien a raison de dénoncer le Président Moïse » estime le Miami Herald. Ce journal américain évoque les promesses non tenues par le Président, promesses faites quand il était candidat, et après son élection il y a 32 mois. « Ce qui est clair, c’est que ce sont les Haïtiens qui décident de leur destin. Et la bonne voie devrait être celle qui convient le mieux à Haïti » poursuit ce même journal.

Alterpress, agence de presse de Port au Prince, dont le Comité Haïti de France (CHF) est le correspondant, a ajouté ceci : « Sans budget pour la troisième année consécutive, le pays entame début octobre sa troisième semaine de paralysie totale des activités, due à une pénurie des produits pétroliers sur le territoire national. C’est le ras-le-bol général avec les revendications et manifestations populaires contre le Président Jovenel Moïse. Les écoles restent fermées. Les autorités actuelles font preuve de l’incompétence la plus flagrante. Elles sont frappées d’incapacité de maintenir l’ordre à l’intérieur du pays, d’assurer la sécurité à l’intérieur des frontières, de subvenir aux besoins de la population, et de respecter les engagements internationaux, déplorent plusieurs organisations de défense des Droits Humains. »

Il est clair que les Etats-Unis soutiennent ce régime, de peur de se retrouver avec des milliers de boat-people sur les plages de Floride. Plutôt la répression que le désordre total, tel est leur principe politique. L’Europe ne bouge pas non plus, car il faut éviter tout conflit avec leur Président complètement imprévisible. Courageusement, malgré la faim, des centaines de milliers de personnes continuent à manifester. Combien de temps pourront tenir les Haïtiens?

A Bel Air, les affrontements sont particulièrement violents. Notre correspondant à Port au Prince fait état de bandes armées qui tirent sur les passants, incendient des voitures et des commerces, érigent des barricades. Pour la seule journée du 10 novembre, on dénombre une quinzaine de morts par balles. Les habitants commencent à fuir le quartier pour se réfugier dans des zones moins exposées.

Dans de telles conditions, l’école a fermé ses portes depuis le mois d’octobre, comme toutes les écoles de la capitale, privant les élèves de leur repas quotidien. Quand rouvriront-elles ?

La situation est bloquée : entre la population qui descend dans les rues depuis des semaines pour réclamer le départ du Président Moïse, et celui-ci qui s’accroche à son fauteuil présidentiel, le dialogue de sourds est établi. Après le tremblement de terre, les Haïtiens risquent de connaître un nouveau séisme, politique celui-là.

Odile Soyeux, Présidente